Pleins feux sur l’objectif 95 %
Dans le dernier article de blog, Peter Marbet revient sur l’objectif 95 % et son rapport avec la formation générale et la formation professionnelle.Vingt ans après sa formulation, l’objectif 95 % est plus que jamais au cœur des discussions politiques. À l’occasion d’une Journée nationale, plus de 300 spécialistes se sont récemment penchés sur la question de savoir comment favoriser la réalisation de cet objectif. Un point est ressorti clairement: là où la formation professionnelle est solidement implantée, on est plus proche de l’atteindre.
Une Journée nationale a récemment eu lieu à Berne au sujet de l’objectif 95 %. À l’initiative de la Commission Transitions de la Conférence suisse des offices de la formation professionnelle (CSFP), plus de 300 spécialistes ont échangé sur l’état d’avancement de cet objectif politique. Chapeautée par la CSFP et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI), la rencontre a été organisée en collaboration avec les organisations du monde du travail (OrTra) et les conférences spécialisées des services de l’enseignement secondaire II formation générale et de l’orientation professionnelle, universitaire et de carrière.

Un constat douloureux: une régression par rapport à l’objectif 95 %
Si l’on s’en tient aux chiffres bruts (2017: 91,3 %; 2020: 90,4 %; 2023: 90,2 %), force est de constater avec une certaine amertume que, depuis la première formulation de cet objectif, il y a 20 ans, il n’a jamais pu être atteint. Pire encore: on s’en est même éloigné ces dernières années. Ce constat est douloureux.
En premier lieu pour les personnes directement concernées, car les jeunes qui ne peuvent pas faire état d’un diplôme de formation professionnelle, d’école de culture générale ou d’une maturité gymnasiale sont nettement plus exposés au risque de vivre des périodes de chômage voire de pauvreté par rapport à ceux titulaires d’un diplôme du degré secondaire II.
Pour la politique, ensuite, qui, malgré des investissements conséquents en faveur du passage de la scolarité obligatoire au degré secondaire II, n’est pas parvenue à faire en sorte que davantage de jeunes obtiennent un diplôme – avec l’impact financier qui s’ensuit sur le plan de la politique de la formation et de la politique sociale.
Pour l’économie, enfin, puisque le grand nombre de jeunes non titulaires d’un diplôme post-obligatoire diminue le potentiel de main d’œuvre qualifiée pour le marché du travail, même si ces jeunes trouvent un emploi sans diplôme.
Que faire? En réalité, la situation est claire: on s’approche beaucoup plus de l’objectif 95 % dans les cantons où la formation professionnelle est solidement implantée que dans ceux avec un taux élevé de titulaires d’une maturité gymnasiale. Dans la perspective de l’objectif 95 %, la formation professionnelle constitue donc le facteur de succès par excellence. La recommandation qui en découle semble évidente: renforcer la formation professionnelle dans les cantons concernés pour se rapprocher de l’objectif visé. Mais c’est précisément à ce stade que commencent les difficultés: comment renforce-t-on la formation professionnelle? Comment trouver l’équilibre entre formation professionnelle et formation générale dans un canton? Et peut-on renforcer la formation professionnelle sans limiter l’accès aux filières de formation générale?
Politique sociale versus politique économique
Dans les cantons affichant un taux élevé de jeunes titulaires d’une maturité gymnasiale, la conception qui prévaut, du point de vue de la politique sociale, est que chacun et chacune a le droit d’avoir sa chance. C’est-à-dire la possibilité, pour le plus grand nombre possible de jeunes, de commencer le gymnase (ou l’école de culture générale) et de tenter d’y faire ses preuves. Ce n’est que si cette première voie ne fonctionne pas que d’autres options, telles que la formation professionnelle, entrent en ligne de compte.


Dans les régions rurales et les cantons où la formation professionnelle est solidement implantée, le point de vue est radicalement opposé: dans une optique axée sur le développement économique de ces régions, on donne généralement la priorité à la formation professionnelle par rapport à la voie académique, qui présente des perspectives professionnelles potentiellement plus incertaines. Il apparaît donc que dans certains cantons, la façon de concevoir la formation professionnelle est marquée par des considérations de politique sociale, tandis que dans les autres, la formation professionnelle est mise en avant pour répondre à des considérations de politique économique.


Pour l’avenir, l’aspect déterminant résidera donc dans la capacité des cantons dont le taux de jeunes titulaires d’une maturité gymnasiale est élevé à envisager que la priorité actuelle donnée à cette voie puisse évoluer au profit d’une compréhension plus large des considérations en présence. Une conclusion est en tout cas ressortie clairement des discussions au cours de la Journée nationale : il est impossible de renforcer la formation professionnelle sans être prêt à piloter l’accès aux écoles de formation générale. En fin de compte, la question qui se pose ne relève pas de la politique sociale ou économique, mais de la politique de la formation. Et si nous voulons progresser dans la direction de l’objectif 95 %, la formation professionnelle et la formation générale doivent oser le rapprochement.


